Mon histoire

Chapitre 13 – En colère contre la maladie

Ecrit par 24 janvier 2018 janvier 22nd, 2019 6 commentaires
en colère contra la maladie

Synopsis : dans le chapitre 12,  toujours en plein Déni, je continuais mon stage, ne tenant compte d’aucune des recommandations qui m’avaient été données par les médecins. Je sentais que quelque chose me retenait, de nombreuses émotions cherchaient à sortir mais je tenais bon et ne laissais rien transparaître. C’était comme un couvercle posé sur une marmite bouillonnante. Le résultat est que cela s’exprimait sans cesse par de la fatigue et des crises d’angoisse. Et puis, une émotion commença à émerger, qui devait définir la troisième étape. Je me sentais soudainement terriblement en colère contre la maladie.

En colère contre la maladie

C’est à ce moment là que la Colère a commencé à apparaître. Chacune de ces nuits, une rage sourde montait en moi. Et, face cette Colère qui avait un tel besoin de s’exprimer, se trouvait le vide, aucun coupable direct et matériel contre qui elle aurait pu être déchargée.

Je ruminais donc ma rage et, lorsque je ne pouvais plus la sortir, elle se transformait en crises d’angoisses, où je peinais à respirer. Je dormais peu, mangeais peu et chaque matin, après une nuit plus courte que les autres, se réveillait aussi la peur de ne pas avoir “assez” dormi, suite aux recommandations des médecins (cf chapitre 11 “Les recommandations médicales pour la sclérose en plaques“).

La fatigue était omniprésente. Et elle entretenait mon anxiété permanente.

Un cercle vicieux

J’étais entrée dans un cercle vicieux, sans ne plus trouver aucune porte de sortie : peur de faire une poussée – > angoisse – > colère d’en être arrivée là, d’avoir cette maladie – > insomnie – > épuisement – > peur de faire une poussée … etc

J’annonçais régulièrement à mon tuteur de stage que j’arriverais dans l’après-midi ou que je ne pouvais pas venir travailler ce jour là.

Retour dans le statut de victime

Bien évidemment, il fallut que je lui explique la situation, pour préciser mes nombreuses absences. Et dans les moments où j’étais un peu apaisée et que j’arrivais à aller au travail, je trouvais alors mon réconfort en me réfugiant de nouveau dans mon statut de victime (cf chapitre 8 “Comment sortir de la position de victime ?“). Mon état de fatigue était tel, que j’étais sans cesse désireuse de susciter l’apitoiement chez les autres et, peut-être, de me décharger et de leur donner une partie de toutes ces émotions qui me rongeaient. J’étais tellement en colère contre la maladie.

J’avais besoin que l’on prenne soin de moi. Je ne parlais que de ça à tout mon entourage, mes collègues, aux personnes qui passaient à l’Institut pour suivre les cours de droit humanitaire, aux touristes avec qui je sympathisais…

Les seules personnes à qui j’évitais de trop en dire étaient mes parents. Partagée entre mon Déni et ma Colère et dans mon besoin d’aller jusqu’au bout, j’avais peur qu’ils ne me somment de rentrer.Un jour, alors que la fatigue avait eu raison de moi, et face à une crise d’angoisse plus forte que les autres, je craquais et leur demandais de venir me voir. Je bouillais de rage, je hurlais ma colère contre cette injustice, contre eux qui m’avaient créée avec cette maladie.

Lorsqu’ils sont arrivés,  j’avais perdu 8 kilos – j’étais en léger surpoids juste avant-. Leur venue me fit du bien. A nouveau, je retrouvais mon cocooning, les petites attentions. Je dormais mieux et la fatigue se faisait moins sentir. J’exprimais même le désir de leur faire visiter la ville, malgré quelques étourdissements. Bien évidemment, ils me communiquèrent leur désir de me voir rentrer avec eux.

Mais, une fois de plus, je résistais. Je ne voulais pas lâcher prise. Je considérais leur venue comme un baume qui avait pu m’apaiser et j’étais prête à repartir dans mon Déni. Il fallait que je puisse finir ce stage !

Nouvelle poussée de sclérose en plaques

Ce fut finalement mon corps qui lâcha prise le premier. Même si je n’avais pas tellement eu peur de la sclérose en plaques pendant ces derniers mois, ce fut ELLE qui s’imposa en force, dénouant d’un seul coup toute la situation.

J’étais en vacances, pour Noël, à l’île Maurice, partie voir une amie au soleil. Le cadre était idyllique et se voulait ressourçant. Pourtant, je n’arrivais pas à lâcher prise et me détendre complètement. La perspective du retour qui approchait me nouait littéralement l’estomac.

Et, quelques jours avant de prendre l’avion pour rentrer, je me rendis compte de l’absence de sensibilité de ma cuisse droite. Au début, je mis cela sur le compte de l’anxiété et de la journée sportive que nous avions faite. Après tout, mes précédentes poussées n’avaient été, à chaque fois, localisées que sur mon buste.

Je ne fis donc pas tout de suite — ou ne voulus pas faire — le rapprochement avec la SEP. Je savais que je ne pouvais pas guérir de la sclérose en plaques mais, après 5 ans sans poussées, elle me paraissait plus lointaine. Pourtant, ce matin-là, en me réveillant, je dus m’avouer que la poussée était bien là. Ma jambe droite était complètement insensible et elle était même un peu raide, m’empêchant de marcher normalement. Et, de nouveau, les décharges électriques étaient présentes.

Ce que j'en pense aujourd'hui

Aujourd’hui, je me dis que cette période reste certainement la plus noire et la plus difficile de ces 9 dernières années. Chacun de ces moments vécus restent profondément incrustés en moi et les écrire a fait resurgir beaucoup d’émotions. A la différence avec la Tristesse par la suite, j’ai vécu cette période de Déni et de Colère de façon coupable. Une partie de moi se refusait à admettre le diagnostic, je sentais que je résistais, qu’il fallait que j’accepte ma nouvelle condition mais je ne savais pas comment laisser entrer cette information en moi.

Pourtant, le fait d’être en colère contre la maladie était nécessaire… Et si j’avais eu la connaissance que j’ai aujourd’hui, peut-être que j’aurais essayé de chercher à l’accueillir, la voyant comme un passage et non plus comme une fin ! Effectivement, la Reconstruction et l’Acceptation ne peuvent venir que lorsque nos émotions ont pu s’exprimer.

Mon exemple de la marmite qui bouillonne n’est pas si imagé que cela. Je bouillonnais littéralement, cela s’exprimait par des sueurs nocturnes, des pleurs de rage, une incompréhension totale de ce qui était en train de m’arriver. Et pourtant, ces émotions devaient s’exprimer ! Tout comme la Tristesse qui viendra par la suite.

 

Depuis que j’ai créé ce blog et que je corresponds avec de nombreuses personnes atteintes de la sclérose en plaques, d’autres maladies ou traversant d’autres épreuves, je me rends compte que beaucoup de personnes sont dans cette phase. Peut-être que ce sont celles qui sont le plus actives sur les réseaux sociaux. Par expérience, nous n’avons nulle part, nul interlocuteur vers qui diriger cette Colère pour la simple et bonne raison que personne n’est responsable de ce qui nous arrive.

C’est d’ailleurs pour cette raison que j’écris beaucoup sur le pouvoir de nos émotions.

6 commentaires

Laissez un commentaire