V - La Reconstruction

Chapitre 33 – Peut-on guérir de la sclérose en plaques ?

Ecrit par 12 septembre 2018 Aucun commentaire
guérir de la sclérose en plaques

Synopsis : dans le chapitre 32, j’apprenais pour la première fois à reprendre mon pouvoir face à une expérience de harcèlement, dans le contexte d’une de mes expériences professionnelles. Au delà du fait de devoir m’affirmer, je prenais pour la première fois conscience de mes limites et d’apprendre à les faire respecter. Et, inconsciemment, je sentais que je devais cela à ma maladie.
Quelque temps après, à travers un nouvel emploi, je passais alors un nouveau cap : celui de ne plus jamais avoir peur ! Par forcément guérir de la sclérose en plaques, mais ne plus la craindre !

Recherche d'un nouvel emploi

Je me retrouvais donc, de nouveau, sans emploi. Je n’avais toujours pas d’idées sur ce que je pouvais ou voulais faire. Et je n’osais toujours pas aller vers des postes à fortes responsabilités, par peur de charges de travail trop conséquentes. Même si la peur de la sclérose en plaques était moins importante, je craignais toujours les univers soumis à une forte pression et de gros horaires.

Ajouté à cela, les deux dernières expériences s’étant soldées par des licenciements, j’avais du mal à avoir confiance en ma valeur sur le marché du travail.

Je postulais donc pour un poste de conseillère clientèle. C’était un CDD de 7 mois, qui me permettrait d’obtenir le chômage par la suite. D’une part, cela me donnerait la possibilité de pouvoir suivre une formation complémentaire dans le cadre de ma réorientation. Et, d’autre part, j’y voyais aussi l’opportunité d’entrer dans le milieu de la formation professionnelle pour adultes pour, éventuellement, développer un réseau.

Un emploi avant tout alimentaire

Le poste consistait principalement à faire du démarchage pour vendre des formations. Cela me permit de me dépasser au début et de vaincre ma timidité. Mais, intellectuellement parlant, je m’y ennuyais très rapidement. J’attendais impatiemment que ce CDD se termine, tout en n’ayant pas vraiment de perspectives derrière. Je regardais un peu ce qui pourrait me plaire mais je ne voyais rien. J’espérais et craignais en même temps la période d’inactivité qui s’ensuivrait.

C’est alors, qu’au moment où mon contrat devait se terminer, mon propriétaire décida de récupérer l’appartement dans lequel je vivais, pour sa fille. Échaudée par mon aventure à mes débuts dans Paris sans appartement et sans le travail qui me permettrait d’en avoir un, j’acceptais donc, la mort dans l’âme, leur offre de CDI.

La sensation d'être bloquée

Et, si je retrouvais rapidement un appartement, je mis alors le pied dans un engrenage que je n’eus bientôt plus la force de quitter. Mes managers avaient été remplacés et je me retrouvais très vite dans un environnement assez toxique — deux personnes partiront en dépression par la suite et les poursuivront pour harcèlement moral.

Il ne me paraissait pas envisageable de démissionner et de me retrouver sans revenus .  Et, surtout, je n’avais pas assez confiance en moi pour évaluer ce que je valais sur le marché du travail. Me retrouver sans emploi ? De nouveau, pour faire quoi ?  De plus, ma manager me faisait sans cesse miroiter qu’il serait possible, par la suite, d’évoluer en interne. Il fallait juste que je sois patiente.

Je passais des mois en plein brouillard. Je me sentais enfermée, piégée dans quelque chose qui ne me convenait pas, sans savoir comment en sortir. Si ma thérapeute m’aidait à réaliser l’univers malsain dans lequel j’évoluais, la libération finale ne pouvait venir que de moi et je n’en trouvais pas la clé. Je passais beaucoup de temps à me plaindre, de nouveau en quête de ce statut de victime. J’étais dans l’attente que quelqu’un me vienne en aide et cela épuisa rapidement mon entourage. Au fond, je n’étais pas vraiment en demande de conseils pour m’en sortir, vu que le réel enfermement était à l’intérieur de moi. Seule, avec tous mes conflits internes et terrassée par mon manque d’estime de moi, je n’arrivais pas à voir clair et je me sentais bloquée.

J’étais habitée par une telle tension physique et nerveuse, en proie à de fort vertiges, que je devais faire une séance d’acupuncture quasiment toutes les mois pour tenir le coup.

Nouvelle poussée de sclérose en plaques

Ce fut finalement mon corps qui lâcha prise le premier. Même si je n’avais pas tellement eu peur de la sclérose en plaques pendant ces derniers mois, ce fut ELLE qui s’imposa en force, dénouant d’un seul coup toute la situation.

J’étais en vacances, pour Noël, à l’île Maurice, partie voir une amie au soleil. Le cadre était idyllique et se voulait ressourçant. Pourtant, je n’arrivais pas à lâcher prise et me détendre complètement. La perspective du retour qui approchait me nouait littéralement l’estomac.

Et, quelques jours avant de prendre l’avion pour rentrer, je me rendis compte de l’absence de sensibilité de ma cuisse droite. Au début, je mis cela sur le compte de l’anxiété et de la journée sportive que nous avions faite. Après tout, mes précédentes poussées n’avaient été, à chaque fois, localisées que sur mon buste.

Je ne fis donc pas tout de suite — ou ne voulus pas faire — le rapprochement avec la SEP. Je savais que je ne pouvais pas guérir de la sclérose en plaques mais, après 5 ans sans poussées, elle me paraissait plus lointaine. Pourtant, ce matin-là, en me réveillant, je dus m’avouer que la poussée était bien là. Ma jambe droite était complètement insensible et elle était même un peu raide, m’empêchant de marcher normalement. Et, de nouveau, les décharges électriques étaient présentes.

La libération face à la peur de la sclérose en plaques

Je rentrais à Paris. J’arrivais à 6h du matin à l’aéroport d’Orly, marchant difficilement et retournais dans mon petit appartement parisien.Et là, pour la première fois, ce qui m’anima fut un réel sentiment de soulagement. La première pensée qui me vint en arrivant à Paris fut : « Je n’aurais peut-être pas à retourner au travail ! » 

Vers 9h du matin, lorsque je réussis à joindre ma mère, ce fut elle qui me livra la clé finale : “Bon cela suffit maintenant, je t’interdis de retourner à ce travail. Cela n’a aucun sens, je ne comprends pas pourquoi tu persistes depuis des mois dans ce travail qui te fait autant de mal.” Et oui, à 28 ans, il m’avait fallu une injonction de ma mère pour me libérer définitivement 

Parce que la liberté s’est faite d’un coup. Loin de la vivre comme un moment difficile, cette poussée me permit de sortir définitivement de la « prison » psychologique dans laquelle je me trouvais. 

Je pris rendez-vous le lendemain même avec mon acupuncteur  et il me mit en arrêt le temps que je puisse récupérer de ma poussée. Il était au courant de mon choix de me traiter seulement avec l’acupuncture  et le respecta.  Il est d’ailleurs devenu mon médecin traitant et me suit maintenant depuis plusieurs années .

Guérir de la sclérose en plaques ? En tout cas, la voir comme une alliée !

Suite à cela, j’eus le sentiment que tout était enfin possible. Je me servis de ma sclérose en plaques pour négocier une rupture conventionnelle, jouant la carte de la jeune fille très malade, incapable de continuer à assumer ses fonctions, mais cela m’était égal.

Ma maladie m’avait permis de faire ce que mon cerveau inconscient avait toujours bloqué. La peur m’avait quittée et une profonde  gratitude montait en moi lorsque je pensais à cette poussée. Ce n’était pas l’impression de guérir de la sclérose en plaques, mais l’intime conviction qu’elle n’était pas mon ennemie.

Je récupérais complètement en plusieurs semaines. J’étais certaine qu’il n’y aurait pas de séquelles, car j’avais su écouter son message. Intimement, je sentais que si je retournais travailler dans cet univers et que je ne lâchais pas prise, ma maladie ne m’aurait pas lâchée non plus.

Je me mis enfin à envisager mon avenir avec optimisme ! Et lorsque je pensais à tout le chemin que j’avais parcouru pour en arriver à cette conclusion : en fait, ma SEP, c’est une alliée ! Par la même occasion, cela me permit donc de me réconcilier définitivement avec ELLE. D’ailleurs, à ce jour, je veille à ne plus rester trop longtemps piégée dans une situation qui ne me convient pas.

Je pense avoir refait une petite poussée quelques temps avant mon mariage (cf. article “Cette semaine, je me marie“), prise au piège par un flot d’émotions que je n’arrivais pas à exprimer. Peut-être que la peur de la sclérose en plaques est revenue un peu à ce moment là. Mais dans l’ensemble, je me porte très bien depuis ces quatre dernières années, m’écoutant sans cesse, vivant au plus proche de la personne que j’ai appris à découvrir au cours de ce long voyage. 

Laissez un commentaire